Le partage de l’eau

Le bassin du Jourdain rassemble de nombreux États et territoires : Liban, Syrie, Israël, Jordanie, Territoires palestiniens. Première ressource hydrique de la région, le fleuve, qui prend son nom en Israël, gagne ses eaux du Hasbani (Liban), du Baniyas et du Yarmouk (Syrie) et du Dan (Israël). Au-delà du lac de Tibériade, le Jourdain suit un cours rectiligne, marquant une grande partie de la frontière entre Israël, la Jordanie et les Territoires palestiniens. La région est également alimentée en eau par plusieurs aquifères, dont on constate cependant que les eaux s’épuisent et se détériorent rapidement, sous les effets conjugués de la surexploitation, de la pollution, de la salinisation et de l’insuffisance des infrastructures d’assainissement.

Le partage de l’eau

Fixé à 1 000 m3 par habitant et par an, le seuil de pénurie en eau est jugé très critique quand il n’atteint plus 500 m3. Or en 2008, la quantité annuelle d’eau renouvelable disponible par habitant ne s’élevait plus qu’à 252 m3 en Israël, à 202 m3 dans les Territoires palestiniens et à 153 m3 en Jordanie.

Alors que le réchauffement climatique menace d’accentuer le déficit hydrique naturel, la pression sur l’eau au Proche-Orient est amplifiée par la hausse des demandes agricole et domestiques, elles-mêmes accrues par la croissance démographique et les progrès du niveau de vie. D’ici à 2033, les populations cumulées d’Israël, des Territoires palestiniens et de la Jordanie devraient progresser de 44 %, pour s’élever à 26 millions de personnes contre 18 millions en 2010.

Alors que les Palestiniens utilisent 80 % de leur volume d’eau douce disponible pour l’agriculture, Israël n’y consacre qu’environ 58 % de ses ressources, répartissant le reste entre l’industrie (6 %) et les usages domestiques et tertiaires (36 %). De la même façon, si la production agricole représente aujourd’hui 10 % du PIB palestinien, sa part est inférieure à 3 % du PIB de l’État hébreu.

Des territoires sous contrôle hydrique

En dépit de l’importance de l’eau pour le développement des Territoires palestiniens, son accès y demeure extrêmement limité. Tandis que leur faible niveau de développement économique limite la capacité des Palestiniens pour exploiter leurs aquifères, les Israéliens –plutôt moins bien dotés- compensent leur handicap par des moyens techniques bien supérieurs : près de trois quarts de l’eau des aquifères de Cisjordanie sont captés par Israël. Pour les Palestiniens, l’exploitation des ressources est d’autant plus contraignante qu’elle reste soumise à l’autorisation de l’État hébreu. Par ailleurs, on s’aperçoit qu’en interdisant l’accès à un certain nombre de puits agricoles que le tracé du mur de sécurité place du côté israélien, l’État hébreu a ainsi encore renforcé son contrôle sur les eaux souterraines cisjordaniennes. Dans de nombreuses villes palestiniennes enfin, l’eau se paie au prix fort, fixé par la compagnie israélienne de l’eau dont les municipalités dépendent pour leur approvisionnement.

Si l’eau ne constitue ni l’origine ni le moteur du conflit israélo-palestinien, elle en est cependant l’un des enjeux. Or la difficulté de résoudre le problème du partage de l’eau au Proche-Orient parait d’autant plus grande qu’elle met aux prises des acteurs à la puissance asymétrique. Au regard du stress hydrique qui augmente dans la région et du sentiment d’iniquité que le partage inégal des ressources y entretient, la situation hydrique au Proche-Orient place d’éventuelles négociations de paix sous des auspices bien peu favorables.

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